LE FILM
Natacha fabrique des chapeaux dans la campagne moscovite. En se rendant à la capitale, dans le magasin de Madame Irène qui achète ses chapeaux, elle rencontre Ilia, un étudiant qui débarque de Province. Afin d’échapper à la politique d’Etat réquisitionnant les logements inoccupés, Mme Irène fait une fausse déclaration d’hébergement à Natacha. Pour domicilier Ilia dans la pièce qui lui a été officiellement attribuée, mais qu’elle n’occupe pas, Natacha lui propose un mariage blanc. Ilia accepte tout en espérant qu’au fil du temps, Natacha s‘installera vraiment avec lui… Fous de rage de devoir libérer une pièce de leur appartement, Mme Irène et son mari Paul rémunèrent Natacha avec un titre d’empreint d’Etat sans pouvoir deviner que le gain de 25000 roubles tombera justement sur le numéro de ce titre-là…
Une comédie burlesque s’entremêle dans ce film avec le lyrisme et la poésie d’une histoire d’amour singulière. Servi par un jeu d’acteurs extraordinaires, La Jeune Fille au carton à chapeau est un véritable chef d’œuvre où le spectateur tombe immédiatement sous la magie du plaisir évident qu’a éprouvé le cinéaste en le réalisant.
Le style du film illustre parfaitement des théories chères à Lev Koulechov, qu’on a souvent nommé le « père du cinéma russe ». Tout au long de La Jeune Fille au carton à chapeau Barnet y applique ses principes, notamment sa célèbre thèse sur l’importance du montage, bien que poussée d’une manière moins rigoureuse et radicale que chez d’autres grands maîtres du cinéma soviétique. Barnet fait un usage infiniment plus réduit du gros plan qu’Eisenstein et on remarquera dans ce film une nette influence du théâtre constructiviste, marqué par la géométrie dépouillée des décors sans stylisation décorative, aucune.
C’est dans l’interprétation, sans doute, que l’on trouve les traces les plus nettes du théâtre satirique de l’époque, très influencé par le constructivisme. Il en est ainsi dans la singulière gymnastique irréaliste de la servante Marfoucha lorsque, sur l’échelle, elle lave la vitrine. Ou encore à l’étudiant transportant le noceur endormi sur son siège. Peut-être peut-on y voir aussi quelques réminiscences du cinéma burlesque américain (Harold Lloyd, par exemple, avait été très en vogue dans les années 1920-25 en Russie comme ailleurs).
Un véritable chef d’œuvre où le spectateur tombe immédiatement sous la magie du plaisir évident qu’a éprouvé le cinéaste en le réalisant.